Publié le 3 juin 2026

Dépendance croissante vis-à-vis des importations d’aliments pour animaux

L’importation des principaux aliments pour animaux énergétiques a augmenté de 36 % entre 2014 et 2024 en Suisse, en particulier le maïs fourrager (+99 %). Les importations d’aliments protéiques ont également gagné 7 % entre 2014 et 2024. La hausse concernait en premier lieu les importations de résidus de la production d’huile de colza (+87 %). Au total, en 2024, la Suisse a importé 58 % du maïs fourrager et 83 % du blé fourrager. Par contre, l’orge fourragère provient à 68 % de Suisse.
Les prix moyens franco frontière suisse sont restés stables au cours des dix dernières années, à l’exception de la forte hausse enregistrée vers 2022 au début de la guerre en Ukraine. En 2024, cependant, les prix avaient majoritairement retrouvé leur niveau de 2020.

© Adobe Stock

Les aliments pour animaux constituent une prestation préalable importante pour la production de denrées d’origine animale. Ils comprennent le fourrage grossier et les aliments concentrés, qui sont parfois aussi cultivés ou utilisés directement par l’éleveur (p. ex. sous forme de surfaces herbagères et de céréales fourragères). Les exploitations agricoles achètent en outre des aliments pour animaux. Une grande partie, les aliments concentrés en particulier, est importée. Le présent rapport examine donc l’évolution des quantités importées des principaux aliments pour animaux, ainsi que des prix moyens à l’importation.

Calcul de la moyenne mobile

L’évolution des quantités en pourcentage est calculée sur la base de moyennes mobiles sur trois ans, afin de réduire l’importance des valeurs extrêmes. Par exemple, pour l’évolution en pourcentage des années 2024, on utilise la quantité moyenne des années 2022, 2023 et 2024, et pour 2014 la quantité moyenne des années 2012, 2013 et 2014. En revanche, les chiffres absolus dans les graphiques (par exemple, le volume des importations en 2024) ne sont pas des moyennes mobiles afin de refléter l’évolution effective des volumes d’importation.

Forte hausse des importations de maïs fourrager

Les aliments pour animaux peuvent être globalement subdivisés en aliments énergétiques et aliments protéiques. Les principaux aliments énergétiques importés comprennent le blé fourrager, le maïs fourrager et l’orge fourragère. D’une manière générale, l’importation des aliments pour animaux énergétiques examinés a augmenté de 36 % entre 2014 et 2024, le maïs fourrager en particulier, avec une hausse de 99 %. En 2024, les importations étaient donc environ deux fois plus élevées qu’en 2014. Les importations de blé fourrager ont nettement moins progressé sur la même période (17 %). L’importation d’orge fourragère a reculé (- 8 % par rapport à 2014).
Sur la base des quantités relevées en Suisse par swiss granum, il est possible d’estimer grossièrement les parts d’importation de ces aliments pour animaux pour le marché suisse. En 2024, environ 58 % du maïs fourrager commercialisé en Suisse était ainsi importé. Cette part était de 83 % pour le blé fourrager et de 32 % pour l’orge fourragère. Le pourcentage d’importations dépend également des fluctuations de la production indigène. Ainsi, si la production suisse diminue une année (par exemple en raison de mauvaises conditions météorologiques), les importations augmentent l’année suivante.

IMPORTATIONS D’ALIMENTS POUR ANIMAUX ÉNERGÉTIQUES

Volume des importations des principaux aliments pour animaux énergétiques en tonnes

en tonnes

Les quantités importées publiées se rapportent aux numéros de tarif douanier suivants : 1005.9039 – Maïs pour l’alimentation des animaux, 1001.9939 – Froment (blé) pour l’alimentation des animaux, 1003.9059 – Orge pour l’alimentation des animaux.

* Données provisoires

© SwissImpex

Forte hausse des importations de résidus de la production d’huile de colza

Les aliments pour animaux protéiques sont principalement utilisés pour la production d’aliments composés. En Suisse, il s’agit surtout de tourteaux de colza, qui sont des résidus de la production d’huile de colza.
Les trois principaux aliments protéiques importés sont les résidus de l’extraction de l’huile de soja (généralement le tourteau de soja), les résidus de la production d’huile de colza (généralement les tourteaux de presse et d’extraction de colza) et les résidus de la production d’amidon à partir de blé, de maïs ou de pomme de terre. L’importation en Suisse des trois aliments protéiques a augmenté de 7 % au total entre 2014 et 2024. Parmi ces aliments, ce sont de loin les résidus issus de la production d’huile de soja qui constituent la majeure partie des importations. Cela s’explique principalement par l’importance de cette source de protéines pour la production animale et par la faible production nationale de soja. En 2024, seules environ 6000 tonnes de fèves de soja destinées à l’alimentation animale ont été produites en Suisse. En revanche, plus de 235 206 tonnes de résidus d’extraction d’huile de soja ont été importées cette année-là. La moyenne mobile sur trois ans du volume importé en 2024 est donc inférieure de 9 % aux valeurs de 2014.
Des quantités importantes de résidus de la production d’huile de colza ont également été importées ; ce volume a fortement augmenté au cours des dernières années. Ainsi, en 2024, celui-ci était 87 % plus élevé qu’en 2014. Le volume de production nationale de colza a également légèrement progressé au cours de la même période (Δ24/14 : +2 %). En revanche, les importations de résidus d’amidonnerie sont restées à peu près stables entre 2014 et 2024 (+1 %).

IMPORTATIONS D’ALIMENTS POUR ANIMAUX PROTÉIQUES

Volume des importations des principaux aliments pour animaux protéiques

en tonnes

Les quantités importées publiées se rapportent aux numéros de tarif douanier suivants : 2304.0010 –  Résidus de l’extraction de l’huile de soja, 2306.4110 – Résidus de l’extraction de l’huile de colza, 2303.1018 – Résidus d’amidonnerie.

* Données provisoires

© SwissImpex

Hausse continue des importations à partir des pays européens

Les données de SwissImpex ont servi à analyser les principaux pays d’origine des aliments pour animaux. Elles sont limitées par le fait que la provenance est certes enregistrée, mais que celle-ci ne correspond pas obligatoirement au pays d’origine du produit. Par exemple, si du soja cultivé au Brésil est transformé aux Pays-Bas et que le tourteau de soja obtenu arrive en Suisse, SwissImpex indiquera les Pays-Bas comme origine.
Les aliments pour animaux importés proviennent en grande partie d’un petit nombre de pays, principalement européens. Il s’agit surtout des pays voisins (France et Allemagne), mais, selon la culture, l’Italie et l’Autriche jouent aussi un rôle important.
En ce qui concerne les importations de résidus issus de la production d’huile de soja, on constate de grands changements dans les pays d’origine au cours de la période considérée : les importations d’Italie et d’Allemagne ont fortement augmenté pendant la période concernée. Alors qu’en 2014, seuls 2 % provenaient d’Italie et d’Allemagne, ce chiffre a atteint 86 % en 2024. Pendant la même période, les importations du Brésil ont fortement baissé. La part de résidus de la production de soja importés du Brésil est passée de 71 % en 2014 à 4 % en 2024.
Les importations de sous-produits issus de la production d’huile de colza proviennent principalement d’Allemagne. Entre 2014 et 2024, ce pourcentage a toujours été compris entre 78 % et 93 %. Les importations en provenance de France et d’Autriche arrivent en deuxième et troisième position, avec une part de 7 % et de 3 %, respectivement, en 2024.
Les résidus de l’amidonnerie provenaient principalement de Chine entre 2014 et 2024 – la part moyenne étant de 74 %. Cependant, les parts annuelles d’importation ont varié considérablement, allant de 33 % à 91 %. Un recul a cependant été enregistré au cours des dernières années. À noter que les données provisoires de SwissImpex pour 2025 ne comprennent pas d’importations en provenance de Chine via le numéro du tarif douanier correspondant. La France et l’Autriche sont d’autres pays importateurs importants, avec une part de 17 % chacun (en 2024).
Les céréales fourragères importées proviennent surtout de France et d’Allemagne. Entre 2022 et 2024, 65 % des céréales fourragères provenaient de France et 25 % d’Allemagne. La Hongrie et la Roumanie sont également des fournisseurs importants. Toutefois, leur part totale entre 2022 et 2024 n’était que de 3 % et 1 %, respectivement.

ORIGINE DES IMPORTATIONS DE RÉSIDUS DE L’EXTRACTION D’HUILE DE SOJA

Numéro de tarif douanier 2304.0010

en tonnes

* Données provisoires

© SwissImpex

Prix à l’importation franco frontière avant dédouanement relativement stables jusqu’en 2022

En Suisse, le système de prix seuil est appliqué aux importations d’aliments pour animaux. La protection douanière est contrôlée tous les mois sur la base de ce système. L’objectif est de protéger les cultures céréalières nationales et de maintenir la compétitivité des produits locaux par rapport aux importations. La protection douanière est calculée de telle sorte que les prix à l’importation correspondent approximativement aux prix cibles (prix seuils et valeurs indicatives d’importation). Les droits de douane sont versés par les importateurs, généralement les négociants et les moulins à fourrage. Ceux-ci se répercutent donc également sur le prix des aliments pour animaux dans le pays et permettent ainsi d’écouler les aliments pour animaux plus chers produits en Suisse.

Définition de la valeur par SwissImpex et calcul du prix moyen

Outre les données sur les quantités, SwissImpex publie également la valeur par groupe de marchandises. Celle-ci se réfère aux prix des marchandises facturés à la frontière suisse, plus les frais de transport et d’assurance et autres frais, moins les rabais et escomptes, et hors taxes d’importation.
Ces données de SwissImpex permettent de calculer approximativement le prix à l’importation franco frontière suisse. Pour chaque groupe de marchandises, la valeur est ensuite divisée par le volume d’importation. Ce prix moyen n’est toutefois qu’une approximation des prix à l’importation franco frontière, car différentes qualités de marchandises (p. ex. issues de l’agriculture conventionnelle ou biologique) sont importées sous le même numéro de tarif douanier. La répartition des quantités à l’intérieur d’un groupe de marchandises peut évoluer avec le temps. Les variations du prix moyen calculé ne signifient donc pas toujours que le prix de la marchandise a changé.

PRIX MOYEN À L’IMPORTATION FRANCO FRONTIÈRE

Aliments pour animaux énergétiques, non dédouanés

CHF/100 kg

Les prix moyens sont calculés en divisant la valeur des importations par le poids, et en multipliant le résultat par cent, pour chaque numéro de tarif douanier.

* Données provisoires

© SwissImpex; OFAG, secteur Données agricoles et analyses du marché

Les différents aliments énergétiques (maïs, blé et orge) sont des produits de substitution. Cela se reflète dans la similitude des niveaux des prix moyens et de leur évolution au fil du temps. Les produits de substitution peuvent aisément être remplacés les uns par les autres, ce qui se répercute sur le niveau et l’évolution des prix. Si p. ex. le prix de l’orge fourragère venait à augmenter, celle-ci pourrait tout simplement être remplacée par du maïs ou du blé fourrager. Ce mécanisme tend à équilibrer les prix : la pression sur les prix de l’orge fourragère est réduite et le prix du maïs et du blé fourragers augmente. Les prix des trois aliments énergétiques sont donc restés très proches les uns des autres en 2024. En 2024, le prix moyen de l’orge fourragère était de 22.6 CHF/100 kg, celui du blé fourrager de 22.3 CHF/100 kg et celui du maïs fourrager de 22.4 CHF/100 kg.
En ce qui concerne les aliments pour animaux protéiques, les écarts de prix sont nettement plus importants. Le prix moyen des résidus issus de la production d’amidon est le plus élevé (2024 : 73.9 CHF/100 kg), suivi par le prix des résidus de la production d’huile de soja (2024 : 58.7 CHF/100 kg). Le prix le plus bas est celui des résidus de la production d’huile de colza (2024 : 30.6 CHF/100 kg). Contrairement aux aliments pour animaux énergétiques précités, ces aliments protéiques ne peuvent pas se substituer si facilement ; en effet, ils présentent, par exemple, des teneurs différentes en acides aminés essentiels.

PRIX MOYEN À L’IMPORTATION FRANCO FRONTIÈRE

Aliments pour animaux protéiques, non dédouanés

CHF/100 kg

Les prix moyens sont calculés en divisant la valeur des importations par le poids, et en multipliant le résultat par cent, pour chaque numéro de tarif douanier.

* Données provisoires

© SwissImpex; OFAG, secteur Données agricoles et analyses du marché

Les prix moyens des aliments pour animaux franco frontière sont restés relativement stables entre 2014 et 2024, à l’exception des années 2021 et 2022, au cours desquelles les prix ont fortement augmenté. Ces fluctuations de prix s’expliquent par le déclenchement de la guerre en Ukraine et par les incertitudes qui en ont résulté sur le marché des céréales. Les prix ont baissé en 2023 et 2024, et ont actuellement majoritairement retrouvé leur niveau de 2020.
Dans l’ensemble, les prix des aliments pour animaux importés avant dédouanement évoluent de la même manière que les prix d’achat franco moulins fourragers suisses (cf. bulletin du marché sur les aliments pour animaux de 2025). Toutefois, les fluctuations sont moins prononcées en ce qui concerne les prix suisses des aliments pour animaux. Cela s’explique par le système des prix seuils : en principe, les prix des importations sont augmentés par des taxes douanières pour atteindre le prix cible. Ainsi, les prix des importations inférieurs aux prix cibles ne se répercutent guère sur les prix des produits nationaux. Cependant, si le prix des importations est supérieur au prix cible, aucune taxe douanière n’est prélevée. C’est pourquoi la hausse des prix de 2022 était moins prononcée pour de nombreux prix d’achat franco moulin.

PRIX D’ACHAT FRANCO MOULIN

Aliments pour animaux énergétiques, dédouanés

CHF/100 kg

Les prix (hors TVA) sont des prix moyens pondérés en fonction des volumes, issus d’un échantillon de moulins fourragers suisses. Ils sont valables pour la marchandise livrée franco moulin.

© OFAG, secteur Données agricoles et analyses du marché

Conclusion

La Suisse est fortement dépendante de l’étranger en ce qui concerne les aliments pour animaux commercialisés. Plus de la moitié du volume de maïs et de blé fourragers commercialisés provient de l’étranger (2024 : 58 % et 83 %, respectivement). L’orge fourragère commercialisée est en revanche produite principalement dans le pays. D’une manière générale, l’importation des aliments pour animaux énergétiques examinés a augmenté de 36 % entre 2014 et 2024.
La dépendance aux importations est encore plus marquée pour les aliments protéiques. Pendant la période examinée, l’importation de résidus de la production d’huile de colza a grimpé en flèche. En parallèle, les importations ont légèrement diminué pour les résidus de l’extraction d’huile de soja (Δ24/14 : - 9 %) et sont restées à peu près stables pour les résidus de la production d’amidon (Δ24/14 : + 1 %). Au total, l’importation des aliments pour animaux protéiques examinés a augmenté de 7 % entre 2014 et 2024, c’est-à-dire moins fortement que les aliments énergétiques.
La provenance des importations se concentre de plus en plus sur un petit nombre de pays européens. Les principaux fournisseurs sont la France et l’Allemagne. L’évolution des prix des aliments pour animaux importés énergétiques suit globalement la même tendance en raison de leur forte capacité de substitution. Par contre, les écarts de prix sont nettement plus importants pour les aliments protéiques, ce qui s’explique par des caractéristiques nutritionnelles différentes.
Les prix moyens à l’importation franco frontière suisse avant dédouanement des aliments examinés sont relativement stables. L’exception est la forte hausse des prix due au déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022 et les pénuries et incertitudes qui en ont résulté sur les marchés internationaux. Les prix ont depuis lors de nouveau baissé et, en 2024, avaient majoritairement retrouvé leur niveau de 2020.

Analyses